Egypte : on prend les mêmes et on recommence

Jim Watson/SIPA
Jim Watson/SIPA

Un coup de pied dans une fourmilière : telle semble se dessiner l’expérience de la révolution égyptienne depuis 2011. Passés l’effondrement du pouvoir en place et la déstabilisation de l’architecture sociétale égyptienne, l’ancien régime réussit progressivement à reconstruire son hégémonie. Cette renaissance du système Moubarak savamment orchestrée par l’armée et le général Al-Sissi se drape agréablement des oripeaux de la nouvelle « démocratie » égyptienne. Promu désormais maréchal, Al-Sissi, n’ayant officiellement toujours pas annoncé sa candidature à la prochaine élection présidentielle, aurait néanmoins déclaré selon le journal koweïtien Al-Seyassah « Je n’ai pas d’autre choix que de répondre à l’appel du peuple égyptien », ajoutant « vouloir solliciter la confiance du peuple à travers une élection libre ». Un tel engagement ne peut que répondre aux aspirations démocratiques et  politiques de tout un peuple. On ne pourrait se formaliser d’un coup d’Etat militaire perpétré à l’encontre d’un président élu par les urnes, de l’élimination physique de centaines d’électeurs du parti de Morsi et de l’exclusion du débat démocratique des Frères musulmans et de leurs partisans. Malgré ces quelques entorses à un processus démocratique légitime, Al-Sissi sollicite la confiance des Egyptiens en souhaitant une « élection libre ». Par ailleurs, le nouvel homme fort de l’Egypte ne peut se défausser des responsabilités qui lui incombent, n’ayant d’autre choix que de répondre à l’appel du peuple. Les conseils en communication se suivent et se ressemblent : à des milliers de km de là, en France, un autre homme politique providentiel ne peut également se soustraire à la volonté du peuple, Français celui-là. Nicolas Sarkozy, candidat à la prochaine présidentielle depuis l’heure même où il perdit le précédent scrutin, agite régulièrement la sphère médiatique lors de ses apparitions publiques. Lui non plus martèle qu’il ne peut résister à l’appel des citoyens. La construction du mythe du sauveur, de l’homme fort providentiel, n’est finalement pas propre aux régimes autoritaires. En Egypte, cette campagne médiatique en faveur d’Al-Sissi porte ses fruits : le nouveau maréchal jouit d’une popularité grandissante, au sein d’un contexte politique et économique extrêmement perturbé. De par l’éradication des Frères musulmans et de l’atomisation des forces politiques du pays, le choix de l’armée semble être adopté par une partie du peuple égyptien. L’Occident ainsi que les riches monarchies pétrolières du Golfe soutiennent également la carte du régime militaire, craignant la contagion islamiste. Malgré cet apparent retour à la case départ, les Egyptiens auront à revendiquer désormais leurs exigences : devenir des citoyens à part entière, non plus des sujets d’un régime anachronique et autoritaire.

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