Hommage à la babouche

dessin-Uderzo-hommage charlie hebdo

C’est l’histoire d’un dessin raté. Le talent de son illustre auteur n’est pas à remettre en question. Néanmoins, son témoignage de soutien aux victimes des attentats du 7 janvier me laisse un étrange sentiment de malaise. Quelque chose me trouble, indicible, en contemplant ce croquis, qui, sans prétention, est destiné comme tant d’autres hommages, à manifester soutien et solidarité aux victimes de Charlie Hebdo, à marquer son attachement indéfectible à la désormais galvaudée « liberté d’expression ».

A n’en pas douter, le malaise provoqué par ce dessin m’interpelle. Un malaise suscité par notre – apprécié – héros franchouillard corrigeant sévèrement non le terroriste obscurantiste, mais le sarrasin dont l’altérité semble soulignée. Le villageois résiste à l’envahisseur, mais de quelle invasion parle-t-on ici ? Les pistes semblent désagréablement brouillées, en substituant allègrement un signifiant par un autre, favorisant l’amalgame douteux. Car l’uppercut gaulois ne nous laisse plus qu’une paire de chaussures pour en juger. Babouches, zarabil et autres pantoufles arabes ou berbères, deux peuples s’affrontent, repérables par leurs attributs vestimentaires. L’ennemi ne semble pas désigné comme celui de la laicité, mais celui de notre civilisation. Du terroriste au cultuel, du cultuel au confrontement des cultures voire au racisme, un chemin maladroit peut être vite tracé. Ce sujet sensible et complexe nous rappelle combien il est difficile de caricaturer dans l’urgence sans tomber dans les amalgames, de revendiquer sans confondre, de critiquer sans stigmatiser. Car au fond, une caricature pertinente doit se fixer un objectif : dénoncer avec humour, irrévérence, et, si possible, acuité et intelligence les vrais ennemis de l’humanité : ceux qui, de tous temps, en tous lieux, en imposant par la force et la violence une idéologie ou un pouvoir autocratique, ont souhaité la destruction de l’altérité et l’affadissement de la raison. Et ce sont bien les peuples arabes qui ont exprimé avec force ces dernières années leur aspiration à plus de liberté et de démocratie.

Cette malheureuse paire de babouches n’est donc pas l’attribut du djihadisme international. Ni même le voile traditionnel, que nombre de femmes musulmanes continuent de porter, en France comme ailleurs, sans pour autant soutenir la barbarie. N’en voulons pas cependant à son auteur. La carrière d’Uderzo n’est pas celle d’un caricaturiste, preuve s’il en est que la satire est un exercice périlleux.

1 commentaire sur “Hommage à la babouche

  1.  » Ce sujet sensible et complexe nous rappelle combien il est difficile de caricaturer dans l’urgence sans tomber dans les amalgames », intéresasnt.
    J’ai suivi une émission sur France Culture avec Plantu et un dessinateur de Cartoning for Peace. Plantu y affirme « caricaturer dans l’urgence » sans aucune difficulté.. l’autre non, Celui de CFP dit travailler avec la simple description parce que lorsqu’il essaye de faire un dessin d’opinion, ça n’est jamais réussi…
    Bref, dessiner c’est comme écrire.. chacun son style

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