Derrière les massacres, l’ombre de Poutine

Vladimir Poutine

Tchétchénie, Géorgie, Syrie, désormais l’Ukraine… l’ardoise s’allonge pour le clan Poutine et son régime. La parenthèse insignifiante des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi fut vite escamotée par la terrible répression du soulèvement populaire Ukrainien. On ne pouvait envisager pire situation pour faire évanouir le lustre olympique censé redorer, par une large couverture médiatique, l’image internationale de la Russie. La fête fut de courte durée et le retour à la réalité glaçant. A la porte de l’Europe, des citoyens manifestant leur opposition au président Ianoukovitch ont été sauvagement assassinés par des hommes de main au nom désormais associé à leur violence aveugle, les Berkouts. Ces « tontons macoutes » venus du froid ainsi que des snipers armés de Kalachnikovs ont pu agir avec l’aval d’un pouvoir corrompu, tirant parfois en embuscade depuis les toits surplombant la place Maidan, et causant au moins une centaine de victimes.

Qui sont véritablement les auteurs de ces tirs ? Qui a donné l’ordre d’intervenir militairement face à des manifestants dont la plupart n’étaient pas armés ? Ces questions restent pour le moment encore non élucidées. Depuis la chute de Ianoukovitch, tous les regards se tournent vers le régime de Poutine, seul comptable et légitimement responsable de cette infamie. Désormais protégé par le Kremlin, le président fuyard, qui affirme « ne pas avoir été renversé », s’est réfugié en Russie. Soumis à un mandat d’arrêt international émis par Kiev, Ianoukovitch a déclaré « n’avoir jamais autorisé les forces armées d’Ukraine à se mêler des événements de politique intérieure actuels ».Quels pouvaient être ces mystérieux combattants qui font mouche à 200 m comme dans un tir aux pigeons ? En Crimée, des militaires aux uniformes non identifiés, armés de fusils d’assaut et de fusils de snipers, ont débarqué près des aéroports de Simferopol et de Sebastopol. Leur présence ostentatoire est filmée par les caméras du monde entier. En outre, une dizaine d’hélicoptères russes ont pénétré l’espace aérien ukrainien, survolant la Crimée, et des mouvements de troupes russes ont également été observés dans la région. Des vols de drones russes avaient été également mentionnés lors des révoltes survenant à Kiev. Difficile de ne pas y détecter d’ingérence du Kremlin. Moscou n’en est d’ailleurs plus à son coup d’essai concernant les démonstrations de force et autres roulements de mécanique. Vladimir Poutine, qui se succède à lui-même depuis 2008 selon un jeu de chaises musicales avec Dimitri Medvedev, a déjà prouvé que la démocratie n’était qu’un signifiant vide lorsque les intérêts de son régime sont en jeu. Pour qui souhaite s’extirper de l’aire d’influence de la Russie, gare aux représailles. En Tctétchénie, la guerre aurait causé selon l’association Mémorial plus de 25 000 victimes civiles. A l’époque, Poutine affirmait avec élégance qu’il était prêt «à buter les [rebelles] Tchétchènes jusque dans les chiottes». Depuis, de nombreux militants des droits de l’homme, avocats, membres d’ONG et journalistes opposés à cette guerre ont disparu, mystérieusement assassinés. En Géorgie, 10 000 militaires russes sont toujours présents, après un conflit meurtrier en 2008 qui a causé près d’un millier de morts et 100 000 civils déplacés. En Syrie, dernier bastion russe dans la région, le blocage opéré par la Russie, redoutant les instabilités arabes et s’opposant à toute ingérence extérieure de la Syrie, a provoqué le pourrissement du conflit en une guerre civile ayant provoqué plus de 100 000 morts.

La Russie n’est évidemment pas seule dans cette partie d’échecs meurtrière. Si Poutine s’oppose à faire aboutir une solution au conflit syrien, c’est pour affirmer le retour de la puissance russe et s’opposer à l’unilatéralisme occidental, et notamment aux intérêts de Washington. Russes et Américains perpétuent le conflit américano-soviétique, débarrassé des oripeaux idéologiques. Les intérêts des empires sont décidément plus forts que les démocraties et la vie des citoyens. Ceux qui défient le pouvoir de Poutine, en tous cas, risquent leur vie.

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