François Hollande fait son coming out

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A défaut d’être arrivé masqué (voire casqué, selon les récentes « investigations » du magazine Closer), F. Hollande s’est enfin résolu à avouer aux Français ses penchants libéraux.

« Suis-je un social-démocrate ? Oui ! » répond le chef de l’état aux journalistes d’un ton résolu et bonhomme lors de la conférence de presse du 14 janvier. Un secret de polichinelle pour ceux qui connaissent son parcours politique, une pilule plus amère pour une frange de son électorat qui espérait encore une alternative politique après le séisme économique de la crise de 2008. Martine Aubry, lors de la campagne des primaires socialistes de 2011, avait averti à qui espérait naivement une rupture idéologique par le vote Hollande, que, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le candidat Deloriste a savamment cultivé ce flou idéologique, multipliant les déclarations d’intention (rappelons le discours du Bourget fustigeant la finance), de manière à rassembler les opposants des politiques libérales et les déçus du sarkozysme. Finalement, l’élection présidentielle consacra de nouveau un fin limier de la realpolitik. Entérinant l’abandon des classes ouvrières ainsi que son orientation libérale, François Hollande est le juste héritier de Francois Mitterrand, issu d’une composante d’un parti qui n’a plus de socialiste que le nom. En définitive, l’UMP n’a peut-être pas totalement perdu ce scrutin présidentiel. Allègement du coût du travail, réduction de la dépense publique, courage et accélération des réformes, modernisation structurelle, « offre qui booste la demande », cette sémantique caresse agréablement la sensibilité d’un libéral. Le « président des patrons » satisfait ainsi Pierre Gattaz, président du MEDEF, qui estime que le pacte d’Hollande « va dans le bon sens », car inspiré du « Pacte de confiance » proposé par le syndicat1. De la couverture flatteuse du Point2 (la première depuis le bashing régulier que lui inflige l’hebdomadaire) aux déclarations enthousiastes de certains cadres de l’UMP (Raffarin en tête)3, F. Hollande peut désormais compter sur la satisfaction d’une partie de l’opposition, à défaut de compter sur la confiance des Français. 73 % d’entre eux estiment en effet ne pas faire confiance aux entreprises pour créer des emplois en échange d’une baisse des cotisations patronales4. Rappelons que l’objectif premier du « Pacte de responsabilité » étant l’allègement du coût du travail, en tablant sur la fin des cotisations familiales, F. Hollande, inspiré par l’Allemagne et son compromis social, espère en contrepartie des objectifs d’embauche. Comme l’a souligné le premier ministre J.M. Ayrault, aucune contrainte ne peut être appliquée aux entreprises pour atteindre les objectifs d’embauche souhaités. L’engagement du patronat repose entièrement sur la prise en compte de leurs « responsabilités », évalué par un « observatoire des contreparties », qui sera créé. Pourtant, selon P. Gattaz, l’objectif d’embaucher 1 million de personnes en 5 ans, comme le souhaite le gouvernement, ne semble pas relever de l’engagement ni du « contrat moral » : « je ne signerai jamais que nos entreprises vont créer 1 million d’emplois, ce serait suicidaire […] Nous avons un objectif intermédiaire qui est de créer un million d’emplois, à la condition que nombre de chantiers s’ouvrent et à la condition que le terreau de France s’améliore et que les dépenses publiques baissent. C’est fondamental » a-t-il déclaré à l’AFP. Cette déclaration crédite l’analyse de certains économistes qui annoncent l’inefficacité prévisible du Pacte, l’objectif des entreprises étant à moyen terme non pas de créer des emplois, mais de retrouver leur taux de marges infléchis depuis la crise. Comme le souligne Charles Gave, économiste et financier, président du think tank libéral L’Institut des Libertés, qui considère le Pacte de responsabilité comme un véritable « chantage mafieux » : « Les entrepreneurs ont à faire face à une conjoncture constamment mouvante, il faut donc que l’état soit un réducteur d’incertitude […] ils n’ont pas besoin de sucettes et de bons points donnés par le gouvernement. Ils ont besoin de faire des profits, pour pouvoir développer leurs affaires et mieux servir leurs clients. Et cela amènera – peut-être – à des créations d’emplois »5.

Le curseur des contreparties sera-t-il véritablement dirigé vers la création d’emplois, notamment des jeunes et des séniors, et vers des politiques salariales dynamiques ? Les exonérations ne profiteront-elles pas en priorité aux grosses entreprises ? Interrogé le 16 janvier sur le sujet par Patrick Cohen, sur l’antenne de France Inter, « Qu’est ce qui fait que les exonérations iront dans la poche des actionnaires ou des salariés ? », le premier ministre élude curieusement la question. Il sera pourtant crucial de préciser rigoureusement les tenants et les aboutissants du Pacte. Certains représentants de l’aile gauche du PS ont exprimé leur circonspection, souhaitant l’imposition aux entreprises de contreparties réelles. Selon Emmanuel Maurel, « les électeurs de F. Hollande en 2012 n’ont pas voté pour une politique sociale-libérale. En France, le social-libéralisme a très peu d’adeptes ». Une remarque qui doit être décryptée à l’aune d’un récent sondage établi par le centre de recherche de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, qui annonce une chute de la confiance politique, tous partis confondus. Les 20 % d’opinion favorable au chef de l’état (chute de 7 % en un an) signent la perte de confiance envers un dirigeant considéré comme ayant floué une partie de son électorat. Il est vrai que les objectifs affichés avec ardeur par François Hollande, à savoir retrouver une croissance la plus vigoureuse possible pour créer de l’emploi, semblent dépourvus d’une pensée économique pérenne de la société de demain. Exit la prise en compte des impondérables écologiques qui limiteront à terme les injonctions de notre société de consommation ; éludé, le débat de fond concernant une véritable refondation de l’école publique ; écartées, les analyses remettant en cause la pertinence des politiques d’austérité. Le diagnostic de Paul Krugman, prix nobel d’économie 2008, est sévère : «  Lorsqu’ Hollande a pris la tête de la seconde économie de la zone euro, certains d’entre nous avons espéré qu’il pourrait faire une différence. Au lieu de çà, il est tombé dans le grincement de dents habituel – une posture qui se transforme aujourd’hui en un effondrement intellectuel. Et la seconde dépression de l’Europe continue, encore et encore »6.

Ainsi, « c’est précisément ce manque de prise sur les orientations essentielles du pays qui explique la désaffection des Français envers le bruit et la fureur de la classe politique »7.

Une désaffection qui profite néanmoins à certains. Marine Le Pen, dans ce climat général de défiance, est la seule à bénéficier d’une hausse de 2 points de popularité.

1« Pour Pierre Gattaz, le Medef a servi le pacte de responsabilité sur un plateau à Hollande » source RTL

2Une du Point n. 2156 : « Et s’il se réveillait… enfin »

3« Pacte de responsabilité, Raffarin dit banco à Hollande », Le Figaro, 17 janv. 2014

4Libération, source AFP

5« Pourquoi le Pacte de responsabilité ne vaut pas mieux qu’un chantage mafieux » Atlantico, 19 janv. 2014

6« Krugman, prix Nobel d’économie, fustige le virage libéral de Hollande » Le Parisien, 18 janv. 2014

7Serge Halimi, « Le temps des jacqueries », Le Monde Diplomatique, janv. 2014

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