La voix de l’Afrique… en musique

Seun Kuti
Seun Kuti

Depuis ces dernières années, un regain d’intérêt s’est manifesté envers la musique africaine, de la part d’un public étranger curieux et avide de découvertes. Preuve en est la création récente de différents labels indépendants spécialisés dans la réédition de productions originaires d’un peu partout en Afrique, souvent d’anciens albums produits par des artistes ayant stoppé leur activité depuis. Comme l’Orchestre Kanaga de Mopti, ou le Mystère Jazz de Tombouctou, deux ensembles maliens disparus dont les albums respectifs sont désormais réédités depuis 2011 grâce au travail d’un label hollandais, en partenariat avec Florent Mazzoleni, collectionneur insatiable et véritable orpailleur de pépites sonores oubliées. Ainsi, de véritables trésors discographiques sont à nouveau exhumés, grâce à la recherche obsessionnelle de quelques directeurs artistiques de labels ou collectionneurs passionnés sillonnant le continent Africain. Leur but : dénicher quelques perles rares d’afrobeat de Lagos, de cithare malgache, d’afro-futurisme dogon et autre lamento marxiste angolais.  D’autres artistes encore actifs, tels Mahmoud Ahmed ou Mulatu Astatké originaires d’Ethiopie, ont aussi acquis une notoriété mondiale lorsque certains producteurs de labels se sont intéressés à rééditer leurs standards. La fameuse collection éthiopiques éditée depuis 1998 par le label français Buda Musique, et le choix de la musique de Mulatu Astatké pour la bande originale du film Broken Flowers de Jim Jarmush (2005) firent la célébrité du père de l’éthiojazz, qui entame depuis une seconde carrière internationale. De nombreux groupes ont pu ainsi bénéficier d’une médiatisation récente dans les pays du Nord, tel le Staff Benda Bilili, orchestre originaire de Kinshasa (RDC) et composé de musiciens handicapés, dont « les fauteuils roulants servaient de percussions, les voix faisant le reste »1. Le Staff fut découvert par deux belges, Renaud Barret et Florent de La Tullaye, qui réalisaient un documentaire sur la musique congolaise. Ils décident de leur consacrer un film qui sera présenté en 2010 au festival de Cannes, accélérant leur médiatisation. Cet effet « Buenavista Social Club » permit à à ces artistes d’écumer les festivals, et leur aura de traverser les frontières. D’autres artistes, très connus en Afrique, comme Sorry Bamba, Bright Engelberts ou Prince Nico Mbarga restent encore pour l’heure assez confidentiels, malgré des succès commerciaux importants à l’étranger. Le continent africain recèle encore de milliers d’artistes bien vivants dont la musique attend son public du côté de nos frontières : car le syncrétisme et l’ingéniosité novatrice de ses musiciens captive autant le mélomane averti qu’un public curieux d’explorer de nouveaux horizons musicaux : mêlant des influences multiples d’Amérique, de Caraibe ou d’Europe (jazz, rock, funk, latin beat, électro) aux styles traditionnels de leurs pays d’origine, le résultat de ce métissage est souvent étonnant, voire prodigieux. L’extraordinaire richesse de ce patrimoine musical vaste d’un continent entier ouvre aux mélomanes tout un champ des possibles. Dans les années 70 notamment, émerge au Nigéria  l’afrobeat, initié par son mentor, Fela Kuti. Fela crée un style tout-à-fait novateur traversé par des courants traditionnels, ici la musique Yoruba, et des influences plus contemporaines, comme la funk,  le jazz, et le highlife d’origine ghanéenne. Dénonçant dans ses chansons la corruption, la dictature et l’emprise des multinationales dans son pays, jeté en prison plusieurs fois et torturé, Fela symbolise l’artiste africain engagé au service de son peuple, et de la communauté africaine dans son ensemble. C’est désormais le plus jeune de ses fils, Seun, qui s’attache à transmettre cette musique, en compagnie de l’ancien groupe ayant accompagné son père, Egypt 80. Femi Kuti, son aîné, est largement reconnu dans le monde pour son afrobeat teinté parfois d’électro.

Pour cette fin d’année, voici une sélection musicale préparée par mes soins de différents artistes provenant essentiellement d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso, Nigéria, Cameroun), à écouter en cliquant sur le lien suivant :

https://soundcloud.com/#midiblog/la-voix-de-lafrique

Playlist :

 Intro / Ray Baretto : Abidjan / L’Orchestre Kanaga De Mopti : Kulukutu / Le Mystère Jazz De Tombouctou : Leli / Kukumbas : Respect / Ebenezer Obey : Eyi Yato / Elere Ni Wa / Amadou Balaké : La Voiture D’occasion / Matata : Wanna Do My Thing / Tunji Oyelana & The Benders : Ifa / Bright Engelberts & The Be Movement : Get Together / Peter King : Shango

1Paris Match, « Staff Benda Bilili, çà balance à Kinshasa ! » 11/09/2013

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