Netanyahu et Peres absents aux obsèques de Mandela : « Désolé, j’ai piscine »

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L’ironie de ce titre n’a d’égal que le cynisme de certains. Alors que le monde entier communiait à l’unisson lors des cérémonies d’adieu organisées en l’honneur de Nelson Mandela, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, déclinait l’invitation, arguant du coût du voyage :  7 millions de shekels, soit près de1,5 million d’euros, telle est la somme avancée nécessaire afin de couvrir les frais de déplacement du chef des autorités israéliennes. L’argent public ne saurait être gaspillé, surtout par « le premier ministre le plus cher d’Israël » selon le quotidien Yediot Aharonot, qui estime la facture des dépenses du premier ministre et de sa famille financées par le contribuable en hausse de 12 % fin 2011. Shimon Peres, victime d’une mauvaise grippe, n’a pu également honorer sa participation aux obsèques, son médecin personnel lui conseillant par prudence de ne pas voyager, selon son porte-parole.

Il est parfois des symboles qui en disent long sur la philosophie animant certains régimes politiques. Lorsque le monde entier pleure le chantre du combat pour la liberté des peuples, le gouvernement israélien décide de refuser de participer à cet hommage, soulevant une vague d’indignation et de protestations dans le pays. Aux valeurs universelles de courage, de justice et d’intégrité morale incarnées par le militant historique de l’ANC, les dirigeants israéliens opposent bassesse et vulgarité. Bassesse, pour refuser de célébrer ces valeurs qui ont permis, après un siècle de luttes et de haine raciale, d’asseoir une réconciliation nationale permettant à l’Afrique du Sud de rejoindre le champ des démocraties modernes. Vulgarité, pour oser avancer à la face du monde, et surtout à son propre peuple, des raisons fallacieuses pour justifier l’absence à ce rendez-vous planétaire.

D’aucuns pourraient en conclure que cette absence regrettable relève uniquement d’une faute morale et politique. Il semble que ce malheureux acte diplomatique pointe également de manière aiguë les blocages plombant tout progrès significatif concernant l’évolution du conflit israélo-palestinien. Car Mandela fut un des principaux soutiens de la cause palestinienne. Les exhortant à ne jamais abandonner leur combat, il encourageait plus que tout autre l’espoir qu’une société juste, égalitaire et en paix puisse voir le jour en Israël et Palestine. A ce titre, le président palestinien Mahmoud Abbas a reconnu en Mandela « un symbole de la libération du colonialisme et de l’occupation pour tous les peuples aspirant à la liberté ». Mandela représentait cette autorité morale et politique d’envergure internationale,  dénonçant « les pessimistes qui ont tort de croire que la paix dans cette région est un but impossible ».  Véritable aiguillon oeuvrant pour la cause palestinienne, condamnant tous les régimes d’oppression de par le monde, il en était devenu un héros bien encombrant pour Israël : « Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens » affirma-t-il le 4 décembre 1997, lors de la journée de solidarité internationale en faveur de la Palestine. De par ses presque 70 années de lutte, le peuple palestinien ne peut que prendre exemple sur la force et la volonté du combat politique mené par l’ANC depuis près d’un siècle. Chaque contexte géopolitique est bien entendu différent ; si l’Afrique du Sud a pu sortir un jour de son régime ségrégationniste, c’est aussi grâce aux pressions internationales ; c’est également à cause des guerres que le régime de Pretoria a perdu. Mais au-delà de la lutte armée, la vision politique des compagnons de route de Mandela est riche d’enseignements : en 1983, la création du Front démocratique uni (UDF) « a permis d’organiser tous les types d’organisations, caritatives, sportives, syndicales… Elles ont adopté la charte de la liberté qui était la guilde de l’ANC. Ce concept de « l’Afrique du Sud qui appartient à tous ceux qui y vivent »1 a été un point clé. Il ne s’agissait plus de Bancs et de Noirs, mais de tous », raconte Denis Goldberg, l’un des 4 survivants du procès de Rivonia.

Le gouvernement actuel d’Israël – comme les islamistes radicaux du Hamas- redouterait-il les germes semés par des débats approfondis permettant de dégager les « voies et les moyens de faire société ensemble »2 ? L’humanité par le pardon3, comme l’éprouvait Mandela, ne semble pas plus résonner chez les dirigeants d’Israël. Des raisons finalement suffisantes pour faire l’impasse d’une communion planétaire autour de ce message politique de paix et de pardon, à moins que ce ne soit pour éviter l’éventualité de voir critiquer l’Etat hébreu concernant son soutien indéfectible établi auprès des autorités blanches de Pretoria durant les années 80.

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1Denis Goldberg : « Longue vie à l’esprit de Mandela »

2Patrick Le Hyaric « Nelson Mandela, au plus haut de l’humanité »

3Emmanuel Poilane, Le Huffington Post, 18/07/2013

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